visiteurs jour : 122     Total clics   :   29626


Bienvenue sur


Cliquez ici smile coucou et merci Merci

le site de Germaine

 

 
Clics 878

LE MARQUIS DE SADE 

 

On ne possde aucun portrait de Sade lexception

dun profil du jeune marquis dessin par

Charles van Loo vers 1760.

 

 

Donatien Alphonse Franois, marquis de Sade, n le 2 juin 1740 Paris et mort le 2 dcembre 1814 Charenton, est un crivain franais.

Longtemps vou lanathme en raison de la part accorde dans son uvre un rotisme de la violence et de la cruaut (incestes, viols, sodomie, etc).
 Le nologisme sadisme , form daprs son nom, est apparu ds 1834 dans le Dictionnaire universel de Boiste comme aberration pouvantable de la dbauche : systme monstrueux et antisocial qui rvolte la nature .


 Cest Krafft-Ebing, mdecin allemand, qui a donn la fin du XIXe sicle un statut scientifique au mot sadisme, comme antonyme de masochisme pour dsigner une perversion sexuelle dans laquelle la satisfaction est lie la souffrance ou lhumiliation inflige autrui.

 

Occulte et clandestine pendant tout le XIXe sicle, son uvre littraire est rhabilite au XXe sicle, malgr une censure officielle qui durera jusquen 1960, la dernire tape tant sans doute reprsente par lentre de Sade dans la Bibliothque de la Pliade en 1990.

Il signait de Sade ou D.-A.-F. Sade . Marquis ou comte pour ses contemporains, il est pour la postrit le marquis de Sade et, ds la fin du XIXe sicle, le divin marquis , la suite du divin Artin , premier auteur rotique des temps modernes (XVIe sicle), un peu oubli de nos jours.


Sade nat Paris le 2 juin 1740 l'htel de Cond, de Jean Baptiste Franois, comte de Sade, hritier dune des plus anciennes maisons de Provence, seigneur de Saumane et de Lacoste, coseigneur de Mazan, et de Marie lonore de Maill de Carman, parente et "dame daccompagnement" de la princesse de Cond.

 
Sur le blason des Sade, l'aigle imprial deux ttes, privilge obtenu de l'empereur Sigismond par Elzar de Sade en 1416  lev avec la conviction dappartenir une espce suprieure, sa nature despotique et violente se forme trs tt:

 " Alli par ma mre, tout ce que le royaume avait de plus grand ; tenant, par mon pre, tout ce que la province de Languedoc pouvait avoir de plus distingu ; n Paris dans le sein du luxe et de l'abondance, je crus, ds que je pus raisonner, que la nature et la fortune se runissaient pour me combler de leurs dons ; je le crus, parce qu'on avait la sottise de me le dire, et ce prjug ridicule me rendit hautain, despote et colre ; il semblait que tout dt me cder, que l'univers entier dt flatter mes caprices, et qu'il n'appartenait qu' moi seul et d'en former et de les satisfaire."

 

cinq ans, son ducation est confie son oncle paternel, labb de Sade, libertin et rudit, historien de Ptrarque, trs li Voltaire et milie du Chtelet, qui lhberge Saumane.

dix ans, il entre au collge Louis-le-Grand que dirigent les pres jsuites, tablissement alors le mieux frquent et le plus cher de la capitale. Les reprsentations thtrales organises par les pres sont sans doute lorigine de la passion de Sade pour lart du comdien et la littrature dramatique.

quatorze ans, il est reu lcole des Chevau-lgers de la garde du roi, en garnison Versailles, qui naccepte que des jeunes gens de la plus ancienne noblesse.

  dix-sept ans, il obtient une commission de cornette (officier porte-drapeau), au rgiment des carabiniers du Comte de Provence, frre du roi, et prend part la guerre de Sept Ans contre la Prusse.

dix-neuf ans, il est reu comme capitaine au rgiment de Bourgogne cavalerie avec lapprciation suivante :   joint de la naissance et du bien beaucoup desprit ; a lhonneur dappartenir M. le prince de Cond par Madame sa mre qui est Maill-Brz .

 

Le jeune homme a la plus mauvaise rputation. Il est joueur, prodigue et dbauch. Il frquente les coulisses des thtres et les maisons des proxntes. Pour se dbarrasser d'un fils qu'il sent capable de faire toutes sortes de sottises , le comte de Sade lui cherche une riche hritire.

Le 17 mai 1763, le mariage du marquis de Sade et de Rene-Plagie de Montreuil, fille dun prsident la cour des Aides de Paris, de petite noblesse de robe, mais dont la fortune dpasse largement celle des Sade, est clbr Paris.


 Les scandales 
 
Portrait imaginaire : Sade soumis aux quatre vents des suggestions diaboliques


La premire diffusion du nom de Sade na rien de littraire et se fait par les scandales.

Ainsi, lopinion publique apprend-elle au printemps 1768, quun marquis a entran dans sa petite maison dArcueil, une jeune veuve, fileuse de coton au chmage depuis un mois et rduite la mendicit, pour la fouetter jusquau sang et la contraindre, un jour de Pques, des pratiques blasphmatoires.

Limaginaire collectif multiplie les dtails qui viennent pimenter la relation des faits. Ce ne sont pas les premiers excs du marquis de Sade qui a t arrt cinq ans plus tt pour des faits approchants.

 Laffaire est juge au Parlement en juin et le roi fait librer le coupable en novembre.

 

Tout aurait pu tomber dans l'oubli si le scandale navait nouveau clat quatre ans plus tard. Laffaire de Marseille succde en juin 1772 celle dArcueil. Il ne sagit plus cette fois dune fille mais de quatre. Le marquis a propos ses partenaires sexuelles des pastilles la cantharide. Laphrodisiaque est prsent dans lopinion comme un poison. La participation active du valet justifie laccusation de sodomie, punie alors du bcher. La condamnation est cette fois la peine de mort pour empoisonnement et sodomie pour le marquis et son valet qui ont fui en Italie.

Lorsquil sera dfinitivement arrt et incarcr par lettre de cachet, cinq ans plus tard, linstigation de sa belle-mre, Mme de Montreuil, qui craint de nouveaux scandales, cette mesure lui vitera lexcution mais lenfermera dans une prison en attendant le bon vouloir du gouvernement et de la famille. Or la famille se lasse de ses frasques. Elle a soin de faire casser la condamnation mort, mais sans faire remettre le coupable en libert.

 
la Bastille, Sade tait enferm, au 2e puis au 6e tage de la tour Libert


Le manuscrit autographe des Cent Vingt Journes de Sodome disparu la prise de la Bastille, rvl en 1904 par Iwan Bloch, transcrit scrupuleusement par Maurice Heine en 1931, et expos pour la premire fois la fondation Bodmer Genve en 2004 Imprieux, colre, emport, extrme en tout, d'un drglement d'imagination sur les murs qui de la vie n'a eu son pareil, en deux mots me voil : et encore un coup, tuez-moi ou prenez-moi comme cela, car je ne changerai pas .

 Tel est le portrait que Sade trace de lui-mme, dans une lettre sa femme. L'absence de libert ne fera qu'exacerber ces dfauts en aggravant du mme coup son dlire de perscution.

 

Mme de Montreuil, sa famille attendent de lui du repentir, une conduite irrprochable pour abrger sa dtention. Ce sera tout le contraire : crises de rage et de dsespoir, violences verbales et physiques, dchanements de haine et doutrages dans ses lettres quil sait pourtant lues par la censure.

 

Sade a trente-huit ans. On l'enferme Vincennes pendant cinq ans et demi puis la Bastille. La libration devient improbable, la rage s'ternise. Lincarcration lamne chercher dans limaginaire des compensations ce que sa situation a de frustrant.

 Condamn pour dbauches outres, il se lance dans une uvre littraire qui sen prend la morale sexuelle dominante et linstitution judiciaire. "En prison entre un homme, il en sort un crivain", note Simone de Beauvoir.

 

Le 22 octobre 1785, il entreprend la mise au net des brouillons des Cent Vingt Journes de Sodome, sa premire grande uvre, un

  gigantesque catalogue de perversions selon Jean Paulhan. Afin dviter la saisie de louvrage, il en recopie le texte d'une criture minuscule et serre sur 33 feuillets de 11,5 cm colls bout bout et formant une bande de 12 m de long, remplie des deux cots. la prise de la Bastille, sa cellule sera pille, le rouleau de papier disparatra. Perdu par son auteur, qui versera des larmes de sang , il sera retrouv dans les pierres de la Bastille, conserv pendant tout le XIXe sicle, publi en Allemagne en 1904 par un mdecin berlinois, puis en France en 1931 par Maurice Heine.

Rendu la libert le 2 avril 1790 par labolition des lettres de cachet, Sade sinstalle Paris.

 

Il a 51 ans. Il est mconnaissable, physiquement marqu par ces douze annes. Jai acquis, faute dexercice, une corpulence si norme qu peine puis-je me remuer , reconnat-il.

 La marquise demande la sparation de corps et lobtient. Il fait la connaissance de Marie-Constance Quesnet, une comdienne de 33 ans qui ne le quittera plus jusqu sa mort. Il naspire plus qu couler des jours paisibles dhommes de lettres, vivant bourgeoisement des revenus de ses terres de Provence. Les dvergondages de son imagination, il les rserve dsormais son uvre.

 

En prsentant une ptition antireligieuse la Convention le 15 novembre 1793 , Sade prend parti dans le conflit qui l'oppose aux hbertistes.

 

Ses fils migrent, il ne les suit pas, mais sa qualit de ci-devant le rend a priori suspect.

 Pour survivre, il se lance dans la cause populaire et met au service de sa section de la place Vendme la section des Piques - sa comptence dhommes de lettres. En 1792, "Louis Sade, homme de lettres" est nomm secrtaire, puis prsident de sance au tour de sa section.

 

Entran par le succs de ses harangues et de ses ptitions, emport par sa ferveur athiste, il prend des positions extrmes en matire de dchristianisation, au moment o le mouvement va tre dsavou par Robespierre et les sans-culottes les plus radicaux limins de la scne.

Le 8 dcembre 1793, il est arrt comme suspect.

Nouvelle incarcration de dix mois et demi aux Madelonnettes, puis aux Carmes, Saint-Lazare et Picpus. Condamn mort par le tribunal rvolutionnaire la veille de la chute de Robespierre, il nchappe lchafaud que de justesse.

 

Ma dtention nationale, la guillotine sous les yeux, crit-il son homme d'affaires provenal le 21 janvier 1795, m'a fait cent fois plus de mal que ne m'en avaient fait toutes les bastilles imaginables." Sa situation sest considrablement dgrade. Son nom se trouve par erreur sur la liste des migrs du Vaucluse, le privant de ses principaux revenus partir de 1797.

Aux abois, couvert de dettes, il doit gagner sa vie.

La production d'ouvrages clandestins obscnes devient pour Sade une bnfique ressource financire : en 1799, La Nouvelle Justine, quil dsavoue farouchement, lui permet de payer ses dettes les plus criardes.

Les saisies de louvrage ninterviendront quun an aprs sa sortie, mais dj, ltau se resserre. Une violente campagne de presse lui attribue

  linfme roman de Justine . Le scandale est la mesure de la provocation.

On lit dans lAmi des lois du 29 aot 1799 : On assure que de Sade est mort. Le nom seul de cet infme crivain exhale une odeur cadavreuse qui tue la vertu et inspire lhorreur : il est auteur de Justine ou les Malheurs de la vertu. Le cur le plus dprav, lesprit le plus dgrad, limagination la plus bizarrement obscne ne peuvent rien inventer qui outrage autant la raison, la pudeur, lhumanit .


Certaines figures de fiction ont accompagn leur crateur tout au long de leur vie :

comme Faust pour Goethe ou Figaro pour Beaumarchais, cest le cas de Justine pour Sade.

 

En mars 1791, une lettre de Sade Reinaud, son avocat Aix, annonce en ces termes la sortie prochaine de Justine : On imprime actuellement un roman de moi, mais trop immoral pour tre envoy un homme aussi pieux, aussi dcent que vous. Javais besoin dargent, mon diteur me le demandait bien poivr, et je lui ai fait capable dempester le diable. On lappelle Justine ou les Malheurs de la vertu. Brlez-le et ne le lisez point sil tombe entre vos mains : je le renie.

 

Une premire version est rdige la Bastille en 1787. Par tapes successives, lauteur ajoute de nouveaux pisodes scabreux quil fait se succder les uns aux autres, comme un feuilleton.

Deux volumes en 1791, pas moins de dix volumes illustrs de cent gravures obscnes en 1799 sous le Directoire, la plus vaste entreprise pornographique jamais ralise, sous le titre de La Nouvelle Justine ou les malheurs de la vertu, suivie de lHistoire de Juliette, sa sur.

 

Le livre scandalise, mais surtout il fait peur : trs vite on sent que la subversion lemporte sur lobscnit. Cest pourquoi les contemporains lui refusent ce minimum de tolrance dont bnficient ordinairement les crits licencieux. Justine, on la rejette en bloc, sans appel, on voudrait la voir anantie. Luvre marque la naissance de la mythologie sadienne.

 
Bonaparte jetant Justine au feu (attribu P. Cousturier) :
le livre le plus abominable quait enfant limagination la plus dprave .
(Mmorial de Sainte-Hlne, Pliade, t.II, p.360)

 

Le 6 mars 1801 une descente de police a lieu dans les bureaux de son imprimeur. Le Consulat a remplac le Directoire. le Premier Consul Bonaparte ngocie la rconciliation de la France et de la papaut et prpare la rouverture de Notre-Dame.

 On est plus chatouilleux sur les questions de morale. Sade est arrt. Il va tre intern, sans jugement, de faon totalement arbitraire, Sainte-Plagie, puis l'asile de Charenton comme fou.

Comme il jouissait de toutes ses facults mentales, on invoqua lobsession sexuelle : Cet homme incorrigible, crit le prfet Dubois, est dans un tat perptuel de dmence libertine .

Ds son installation, il jouit, en tout cas de conditions privilgies. Il occupe une chambre agrable que prolonge une petite bibliothque, le tout donnant sur la verdure du cot de la Marne. Il se promne dans le parc volont, tient table ouverte, reoit chez lui certains malades ou leur rend visite. Constance Quesnet vient le rejoindre en aot 1804 et occupe la chambre voisine. Mais il fait lobjet dune troite surveillance.

 Sa chambre est rgulirement visite par les services de police, chargs de saisir tout manuscrit licencieux qui pourrait sy trouver.

 Le 5 juin 1807, la police saisit un manuscrit, Les Journes de Florbelle, dix volumes d'atrocits, de blasphmes, de sclratesse , allant au-del des horreurs de Justine et de Juliette , crit le prfet Dubois son ministre Fouch.

 

Sade sympathise avec le directeur de Charenton, M de Coulmier. Ce dernier avait toujours cru aux vertus thrapeutiques du spectacle sur les maladies mentales. De son ct, le marquis nourrissait une passion sans bornes pour le thtre. Il va devenir lordonnateur de ftes qui dfrayrent la chronique de lpoque.

Coulmier fait construire un vritable thtre. En face de la scne slvent des gradins destins recevoir une quarantaine de malades mentaux, choisis parmi les moins agits.

Le reste de la salle peut recevoir environ deux cents spectateurs, exclusivement recruts sur invitation. Trs vite, il devient du dernier chic dtre convi aux spectacles de Charenton.

 La distribution des pices comporte en gnral un petit nombre dalins, les autres rles tant tenus soit par des comdiens professionnels, soit par des amateurs avertis comme M de Sade ou Marie-Constance Quesnet. Le marquis compose des pices pour le thtre et dirige les rptitions.

Les malades de l'hospice de Charenton jouent, sous la direction du marquis de Sade et sous le regard vigilant de Coulmier, directeur et premier spectateur, une pice sur la Rvolution franaise et la mort de Marat. Celui qui joue Marat est un paranoaque retenu dans sa baignoire pour un traitement hydrothrapique, Charlotte Corday est une hypotonique se comportant en somnanbule, Duperret est un rotomane, Roux un fanatique de la politique

 

Le mdecin-chef, en dsaccord avec le directeur, estime que la place de Sade nest pas lhpital mais dans une maison de sret ou un chteau fort . La libert dont il jouit Charenton est trop grande.

Sade nest pas fou mais rend fou. La socit ne peut esprer le soigner, elle doit le soumettre la squestration la plus svre . En 1808, le prfet Dubois ordonne son transfert au fort de Ham. La famille intervient auprs de Fouch qui rvoque lordre et autorise Sade demeurer Charenton jusqu la fin de ses jours.


 Chronologie  [modifier]
1740 : naissance le 2 juin Paris dans l'htel de Cond. Baptis Saint-Sulpice, les parents, parrain et marraine stant fait reprsents par des officiers de maison, il reoit par erreur les prnoms de Donatien Alphonse Franois au lieu de Donatien Aldonse Louis. Sade utilisera dans la plupart de ses actes officiels les prnoms qui lui taient destins, entretenant une confusion qui aura des consquences fcheuses lors de sa demande de radiation sur la liste des migrs.


1744 : envoy en Provence chez son oncle, l'abb de Sade Saumane.


1750 : de retour Paris, entre chez les jsuites du lyce Louis-le-Grand.


1754 : lve l'cole des Chevaux-lgers.


1755 : sous-lieutenant au rgiment du Roi Infanterie.


1757 : participe la guerre de Sept Ans comme cornette aux carabiniers du comte de Provence.


1759 : capitaine au rgiment de Bourgogne Cavalerie. Un de ses compagnons le dcrit ainsi : Sade est furieusement combustible : gare les Allemandes !


1763 : son pre lui cherche un parti. Le marquis a une liaison avec Mlle de Lauris, de vieille noblesse provenale, qu'il voudrait bien pouser. 17 mai : mariage avec Rene-Plagie de Montreuil. 18 octobre : fustigations et impits avec Jeanne Testard, une jeune ouvrire. Incarcration de 15 jours au donjon de Vincennes, puis assignation rsidence chez sa belle-famille au chteau d'chauffour (Normandie).


1764 : Sade succde son pre dans la charge de lieutenant gnral aux provinces de Bresse, Bugey, Valromey et Gex. Il se rend Dijon pour prononcer le discours de rception devant le parlement de Bourgogne


1765 : liaisons avec des actrices connues pour leurs amours vnales avec de grands seigneurs : Mlle de Beauvoisin qu'il amne La Coste, Mlle Dorville, Mlle Le Clair


1767 : mort de son pre, le comte de Sade. Il est nomm capitaine commandant au rgiment du Mestre de camp Cavalerie. Naissance de son premier fils. Le prince de Cond et la princesse de Conti sont ses parrains.


1768 : premier grand scandale. Flagellations et sacrilges avec Rose Keller Arcueil, le dimanche de Pques. Incarcr Saumur puis sept mois Pierre-Encise, il est libr en novembre sous la pression de sa famille et assign rsidence dans son chteau de Lacoste
 
Le chteau familial de La Coste, bti sur l'un des contreforts du Lubron, pill la Rvolution, puis vendu.1769-1772 : bals, comdies et dettes La Coste.

 

 Liaison avec sa belle-sur Anne-Prospre de Launay, chanoinesse.

 

 Le 27 juin 1772, second grand scandale : flagellations, sodomie, absorptions d'aphrodisiaques au cours d'une partie Marseille avec son domestique Latour et quatre prostitues.

 

 Fuite en Italie. Condamn mort par contumace et excut en effigie Aix-en-Provence.

 

 Le 8 dcembre, arrestation et incarcration au fort de Miolans en Savoie.


1773-1777 : vasion le 30 avril 1773 et retour La Coste.

Rfugi dans son chteau, le marquis chappe aux recherches. Il recrute comme domestiques cinq jeunes filles et un jeune secrtaire et organise des orgies auxquelles participe la marquise.

 Nouvelle fuite en Italie pendant 6 mois, puis retour La Coste.

Le pre d'une jeune servante vient rclamer sa fille et tire sur Sade. Redoutant de nouveaux scandales, sa belle-mre, la Prsidente de Montreuil, le fait arrter par lettre de cachet le 13 fvrier 1777, alors qu'il se rend Paris au chevet de sa mre mourante. Il est conduit au donjon de Vincennes.


1778 : la famille fait casser la condamnation mort d'Aix-en-Provence. Profitant de son transfert Aix, le marquis s'chappe le 16 juillet et se rfugie La Coste. Il est repris le 7 septembre 1778 et reconduit au chteau de Vincennes.


1778-1789 : Sade restera en prison 12 ans, d'abord Vincennes, puis partir de 1784 la Bastille. Il a droit un traitement de faveur, payant une forte pension. Mais il a un comportement de rvolt : altercation avec d'autres prisonniers dont Mirabeau, violences, menaces, lettres ordurires sa belle-mre et mme sa femme qui lui est pourtant entirement dvoue. La prsidente de Montreuil ne juge pas possible une libration.


1789 : 2 juillet : il s'est mis hier midi sa fentre, et a cri de toutes ses forces, et a t entendu de tout le voisinage et des passants, qu'on gorgeait, qu'on assassinait les prisonniers de la Bastille, et qu'il fallait venir leur secours , rapporte le marquis de Launey, gouverneur de la Bastille qui obtient le transfert du prisonnier Charenton, alors hospice de malades mentaux tenus par les frres de la Charit. On ne lui laisse rien emporter. Plus de cent louis de meubles, six cents volumes dont quelques-uns fort chers et, ce qui est irrparable, quinze volumes de mes ouvrages manuscrits() furent mis sous le scell du commissaire de la Bastille .

 Sa cellule sera pille le 14 juillet.


1790 : Sade est libr le 2 avril par la Rvolution la suite de l'abolition des lettres de cachet. Sa femme, rfugie dans un couvent, demande la sparation de corps.

 

 Liaison avec une actrice de 31 ans, Marie-Constance Quesnet ( Sensible ), laquelle il restera fidle jusqu' la fin de sa vie. Il s'inscrit la section de la place Vendme qui va devenir section des Piques, essaie de faire jouer ses pices sans grand succs, publie Justine et vit des revenus de ses terres de Provence.


1792 : le chteau de La Coste est pill. Ses fils migrent. Il est secrtaire de sa section, puis commissaire pour les hpitaux.


1793 : il devient le prsident de sa section en juillet.

 

Le 9 octobre, il prononce le Discours aux mnes de Marat et de Le Peletier lors de la crmonie organise en hommage aux deux martyrs de la libert .

 

Le 15 novembre, il est charg de rdiger et de prsenter la Convention une ptition antireligieuse au nom de six sections.

 

Le 8 dcembre, il est incarcr aux Madelonnettes comme suspect.


1794 : en janvier, il est transfr aux Carmes, puis Saint-Lazare.

 

Le 27 mars, Constance Quesnet russit le faire transfrer Picpus , dans une maison de sant hbergeant de riches suspects incarcrs dans diffrentes prisons de Paris que l'on faisait passer pour malades, la maison Coignard, voisine et concurrente de la pension Belhomme.

 

 Le 26 juillet (8 thermidor) il est condamn mort par Fouquier-Tinville pour intelligences et correspondances avec les ennemis de la Rpublique avec vingt-huit autres accuss.

 Le lendemain (9 thermidor), l'huissier du Tribunal se transporte dans les diverses maisons d'arrt de Paris pour les saisir au corps, mais cinq d'entre eux manquent l'appel, dont Sade. Il est sauv par la chute de Robespierre et quitte Picpus le 15 octobre.

 

A quoi doit-il davoir chapp la guillotine ? au dsordre des dossiers et lencombrement des prisons comme le pense Lely, ou aux dmarches et aux pots-de-vin de Constance Quesnet qui a des amis au Comit de sret gnrale, comme en sont persuads ses deux plus rcents biographes Pauvert et Lever ?


1795 : publication d'Aline et Valcour "par le citoyen S***" et de la Philosophie dans le boudoir suivie de la mention Ouvrage posthume de l'auteur de Justine


1796 : il vend le chteau de La Coste.


1798 : Sade et Marie-Constance Quesnet sont dans la misre.


1799 : publication de La Nouvelle Justine suivi de l'Histoire de Juliette, sa sur. Les saisies de l'ouvrage n'interviendront qu'un an aprs sa sortie.


1800 : publication des Crimes de l'amour par "D.A.F.Sade", auteur d'Aline et Valcour. La presse se dchane contre lui et persiste lui attribuer Justine en dpit de ses dngations.


1801 : 6 mars : arrestation de Sade chez son diteur Nicolas Mass. Retenu et interrog la prfecture de police jusqu'au 2 avril. Le prfet Dubois considrant qu'une poursuite judiciaire " causerait un clat scandaleux qui ne serait point rachet par une punition assez exemplaire", dcide de le faire " dposer" Sainte-Plagie pour " le punir administrativement" comme auteur de " l'infme roman de Justine et de l'ouvrage plus affreux encore intitul Juliette". Il y restera presque deux ans.


1803 : Son attitude provoque des plaintes qui obligent les autorits le faire transfrer le 14 mars Bictre, la " Bastille de la canaille", sjour trop infamant pour la famille qui obtient le 27 avril un nouveau transfert l'asile de Charenton.

 

 Il reste, dans les Souvenirs de Charles Nodier, un portrait de Sade ce moment : " Un de ces messieurs se leva de trs bonne heure parce qu'il allait tre transfr, et qu'il en tait prvenu. Je ne remarquai d'abord en lui qu'une obsit norme, qui gnait assez ses mouvements pour l'empcher de dployer un reste de grce et d'lgance dont on retrouvait les traces dans l'ensemble de ses manires et dans son langage. Ses yeux fatigus conservaient cependant je ne sais quoi de brillant et de fin, qui s'y ranimait de temps autre comme une tincelle expirante sur un charbon teint."


1808 : Il organise des reprsentations thtrales l'intrieur de l'asile.


1810 : Sade a soixante-dix ans. Constance Quesnet pensait qu'on ne pouvait garder en dtention un homme de cet ge. Mais l'auteur de Justine fait toujours peur aux autorits. Le nouveau ministre de l'Intrieur, le comte de Montalivet, resserre la surveillance : " Considrant que le Sr de Sade est atteint de la plus dangereuse des folies; que ses communications avec les autres habitus de la maison offrent des dangers incalculables; que ses crits ne sont pas moins insenss que ses paroles et sa conduite, (...) il sera plac dans un local entirement spar, de manire que toute communication lui soit interdite sous quelque prtexte que ce soit. On aura le plus grand soin de lui interdire tout usage de crayons, d'encre, de plumes et de papier." Les representations thatrales vont tre interdites.


1814 : mort de Sade, le 2 dcembre, la Maison de sant de Charenton (aujourd'hui hpital Esquirol), Charenton-Saint-Maurice, (aujourd'hui Saint-Maurice). Selon son souhait, toute trace de sa tombe disparat.

 

 

 uvres anonymes et clandestines  [modifier]
Objets de scandale et d'effroi ds leur parution, interdites jusqu'en 1960, elles sont l'origine de la renomme de leur auteur et lui valurent ses dernires annes d'emprisonnement. Sade a toujours soutenu opinitrement qu'elles n'taient pas de sa plume.

 
Justine ou les Malheurs de la vertu, dition originale de 1791, orne dun frontispice allgorique de Chry reprsentant la Vertu entre la Luxure et lIrrligion. Le nom de lauteur ne figure pas sur la page de titre et le nom de lditeur (Girouard Paris) est remplac par la rubrique : En Hollande, chez les Libraires associs.Justine ou les Malheurs de la vertu publi en 1791.


La Philosophie dans le boudoir; publi en 1795.


La Nouvelle Justine, suivi de lHistoire de Juliette, sa sur, et leurs cent et une gravures, la plus importante et la plus radicale des uvres publies de son vivant (1799).


Les Cent Vingt Journes de Sodome, manuscrit disparu la prise de la Bastille, retrouv en 1904, publi en 1931-1935 par Maurice Heine
Le manuscrit des Journes de Florbelle ou la Nature dvoile, rdig en 1804 Charenton, sera saisi par la police en 1807 et livr aux flammes, la mort du marquis, sur requte de son fils qui assistera l'autodaf.


 uvres officielles  [modifier]


Reconnues par Sade, elles sont d'inspiration rotiques mais non pornographiques - gazes selon l'expression de leur auteur.

Le Comte Oxtiern ou les Effets du libertinage, seule pice de Sade - sur dix-sept - reprsente au thtre en 1791


Aline et Valcour publi en 1795


Les Crimes de l'Amour publi en 1800


La Marquise de Gange, quoique publi anonymement en 1813, est de la mme veine que Les Crimes de l'Amour
Le manuscrit indit du Dialogue entre un prtre et un moribond, manifeste de l'athisme irrductible de Sade, a t dcouvert et publi en 1926 par Maurice Heine, ainsi que des Historiettes,Contes et Fabliaux. Nomm secrtaire de la section des Piques, le "citoyen Sade, hommes de lettre" a rdig pour sa section en 1792 et 1793 des discours ou des ptitions qui nous sont parvenus :

 

Ide sur le mode de la sanction des lois


Petition des Sections de Paris a la Convention nationale


Discours aux mnes de Marat et de Le Pelletier


La Correspondance du marquis de Sade :

La correspondance de Sade avec son notaire Gaufridy a t publie en 1929 par Paul Bourdin.

Cent soixante-deux lettres crites au donjon de Vincennes et dix-sept lettres rdiges la Bastille ont t retrouves en 1948 par Gilbert Lely au chteau de Cond-en-Brie, chez le descendant direct du marquis, et publies en trois recueils : l'Aigle, Mademoiselle... (1949), Le Carillon de Vincennes (1953), Monsieur le 6 (1954).

Enfin, une dition complte de la correspondance du marquis de Sade et de ses proches, en vingt-six volumes, a t publie de 1991 2007 Genve par Alice M. Laborde.


 Extraits  [modifier]
Testament du marquis de Sade


"...La fosse une fois recouverte, il sera sem dessus des glands, afin que par la suite le terrain de ladite fosse se trouvant regarni, et le taillis se retrouvant fourr comme il l'tait auparavant, les traces de ma tombe disparaissent de dessus la surface de la terre, comme je me flatte que ma mmoire s'effacera de l'esprit des hommes."

 

Lettre Mme de Sade crite Vincennes le 20 fvrier 1781
" Oui, je suis un libertin, je l'avoue?: j'ai conu tout ce qu'on peut concevoir dans ce genre-l, mais je n'ai srement pas fait tout ce que j'ai conu et ne le ferai srement jamais. Je suis un libertin, mais je ne suis pas un criminel, ni un meurtrier"

 

Lettre Mme de Sade crite Vincennes le 21 mai 1781 alors qu'il sait son courrier lu par la censure. La prsidente de Montreuil est sa belle-mre, dom S(arti)nos est Antoine de Sartine, n Barcelone, ministre d'tat, ancien lieutenant gnral de police de Paris, M de Rougemont est le gouverneur du chteau de Vincennes.


"... Il n'appartient pas la prsidente de Montreuil, cousine, nice, parente, filleule et commre de toute la petite vilaine banqueroute de Cadix et de Paris, la prsidente de Montreuil, nice d'un fripon chass des Invalides par M. de Choiseul pour ses vols et concussions, la prsidente de Montreuil qui a, dans la famille de son mari, un grand-pre pendu en place de Grve, la prsidente de Montreuil qui a donn sept ou huit batards son mari et qui a maquerell toutes ses filles; il ne lui appartient pas de vouloir vexer, punir ou rprimer des dfauts de temprament dont on n'est pas matre et qui n'ont jamais fait de torts personne.

 

Il n'appartient pas dom S(arti)nos, trouv un beau matin Paris sans qu'on sache ni d'o il venait, ni d'o il arrivait, peu prs comme ces champignons empoisonns qu'on trouve clos tout coup au coin d'un bois, dom S(arti)nos qu'on a dcouvert, la fin, tre issu du ct gauche du rverend pre Torquemada et d'une juive sduite par le susdit dans les prisons de l'Inquisition de Madrid qu'il dirigeait, dom S(arti)nos qui inventa des vexations et des tyrannies odieuses sur les plaisirs du public, afin de fournir des listes lascives qui puissent chauffer les petits-soupers du Parc-aux-cerfs, qui, pour faire sa cour chaque part rgnant, fit prir, ou dans les supplices, ou dans les prisons, plus de deux cents personnes innocentes,, dom S(arti)nos enfin, le plus politiquement fourbe et le plus insignement coquin que jamais ait clair le ciel, et peut-tre le premier, depuis que les abus se tolrent, qui ait imagin celui d'entretenir une putain avec des prisonniers, - non, il n'appartient pas un tel simulacre effrayant du crime de vouloir ni censurer, ni reprendre, ni vexer des erreurs qui ont fait lui-mme ses plus chres dlices, dans le temps qu'il volait cinq cent mille francs par an au roi, sur le million qu'on lui passait pour fournir des dtails lubriques la cour et qui, dans ce temps-l, non seulement volait impunment, mais abusait mme avec infamie de sa place, pour contraindre de malheureuses cratures aux vices qu'il veut vexer aujourd'hui.

 

Ce n'est pas, en un mot, au petit btard de Rougemont, l'excration du vice personnifi, la crapules en chausses et en pourpoint qui, d'un cot prostitue sa femme pour avoir des prisonniers, et de l'autre les fait mourir de faim, pour avoir un peu plus d'cus et de moyens de payer les infmes suppts de ses dbauches, un drle enfin qui, sans les caprices de la fortune et le plaisir qu'elle prend abaisser ceux qui doivent tre levs et lever ceux qui ne sont faits que pour ramper, qui sans cela, dis-je, serait peut-tre trop heureux d'tre mon marmiton, si nous tions tous deux rests la place o nous avait fait natre le ciel; ce n'est pas un gueux de cette espce vouloir s'riger en censeur des vices, et des mmes vices qu'il a un degr encore plus odieux, parce qu'encore un coup, on devient plus mprisable et plus ridicule quand on veut molester dans autrui ce qu'on a mille fois plus soi-mme, que ce n'est pas aux bancals se moquer des boteux, ni aux aveugles vouloir mener des borgnes. Ainsi soit-il, et je vous salue."

 

Mme de Sade, vers le 25 juin 1783. L'administration pnitentiaire lui refuse les Confessions de Jean-Jacques Rousseau.
 
Le donjon de Vincennes : Sade y est enferm en 1777, puis de 1778 1784, date de son transfert la Bastille. Il devient "Monsieur le 6", comme il se nomme lui-mme d'aprs son numro de cellule que l'on visite encore aujourd'hui." Me refuser les Confessions de Jean-Jacques est encore une excellente chose, surtout aprs m'avoir envoy Lucrce et les dialogues de Voltaire; a prouve un grand discernement, une judiciaire profonde dans vos directeurs. Hlas?! ils me font bien de l'honneur, de croire qu'un auteur diste puisse tre un mauvais livre pour moi; je voudrais bien en tre encore l.

Vous n'tes pas sublimes dans vos moyens de cure, Messieurs les directeurs ! Apprenez que c'est le point o l'on est qui rend une chose bonne ou mauvaise, et non pas la chose en elle-mme. () Ayez le bon sens de comprendre que Rousseau peut tre un auteur dangereux pour de lourds bigots de votre espce, et qu'il devient un excellent livre pour moi.

Jean-Jacques est mon gard ce qu'est pour vous une Imitation de Jsus-Christ. La morale et la religion de Rousseau sont des choses svres pour moi, et je les lis quand je veux m'difier ()

Vous avez imagin faire merveille, je le parierais, en me rduisant une abstinence atroce sur le pch de la chair. Eh bien, vous vous tes tromps: vous avez chauff ma tte, vous m'avez fait former des fantmes qu'il faudra que je ralise ()

Si j'avais eu Monsieur le 6 gurir, je m'y serais pris bien diffremment, car au lieu de l'enfermer avec des anthropophages, je l'aurais cltur avec des filles ; je lui en aurais fourni en si bon nombre que le diable m'emporte si, depuis sept ans qu'il est l, l'huile de la lampe n'tait pas consume ! Quand on a un cheval trop fougueux, on le galope dans les terres laboures ; on ne l'enferme pas l'curie.() Monsieur le 6, au milieu d'un srail, serait devenu l'ami des femmes ; Uniquement occup de servir les dames et de satisfaire leurs dlicats dsirs, Monsieur le 6 aurait sacrifi tous les siens . L'habitude de n'en plus prouver que de dcents et accoutum son esprit vaincre des penchants qui l'eussent empch de plaire. Tout cela l'aurait laiss dans l'apaisement ; et voil comme, dans le sein du vice, je l'aurais ramen la vertu ! Car, encore un coup, c'est de la vertu qu'un moindre vice, pour un cur trs vicieux."

 

Mme de Sade, dbut novembre 1783
"Ma faon de penser, dites-vous, ne peut tre approuve. Eh, que m'importe ! Bien fou est celui qui adopte une faon de penser pour les autres ! Ma faon de penser est le fruit de mes rflexions; elle tient mon existence, mon organisation. Je ne suis pas le matre de la changer; je le serais, que je ne le ferais pas. Cette faon de penser que vous blmez fait l'unique consolation de ma vie; elle allge toutes mes peines en prison et j'y tiens plus qu' la vie. Ce n'est point ma faon de penser qui a fait mon malheur, c'est celle des autres."

 

son valet La Jeunesse le 8 octobre 1779. Mlle de Rousset dira au sujet de cette lettre M. le marquis se porte bien; j'en juge par une lettre entirement folle qu'il a crite La Jeunesse.


" Tu fais l'insolent, mon fils ! Si j'tais l je te rosserai Comment, vieux jean foutre de singe, visage de chiendent barbouill de jus de mre, chalas de la vigne de No, arte de la baleine de Jonas, vieille allumette de briquet de bordel, chandelle rance de vingt-quatre la livre, sangle pourrie du baudet de ma femme, () Ah, vieille citrouille confite dans du jus de punaise, troisime corne de la tte du diable, figure de morue allonge comme les deux oreilles d'une huitre, savate de maquerelle, linge sale des choses rouges de Milli Printemps (Mlle de Rousset), si je te tenais, comme je t'en frotterais avec ton sale groin de pomme cuite qui ressemble des marrons qui brlent, pour t'apprendre mentir de la sorte."

Le 15 novembre 1793, Sade lit devant la Convention sa Ptition de la Section des Piques aux reprsentants du peuple franais dont il est lauteur. Sa masse considrable tait-elle couverte dune chasuble ? Tient-il la crosse en main ? A-t-il pos la mitre sur ses cheveux presque blancs ? Au moins ctait pratiquement obligatoire en novembre 93, dans sa position, un bonnet rouge ? , se demande Jean-Jacques Pauvert dans Sade vivant.
Lgislateurs, () Il y avait longtemps que le philosophe riait en secret des singeries du catholicisme ; mais sil osait lever sa voix, ctait dans les cachots de la Bastille, o le despotisme ministriel savait bientt le contraindre au silence. Eh ! Comment la tyrannie net-elle pas tay la superstition ? Toutes deux nourries dans le mme berceau, toutes deux filles du fanatisme, toutes deux servies par ces tres inutiles nomms prtres au temple, et monarques au trne, elles devaient avoir les mmes bases, et se protger toutes deux.

 

Le seul gouvernement rpublicain pouvait, en brisant le sceptre, anantir du mme coup une religion sanguinaire, qui, de ses saints poignards, gorgea si souvent les hommes, au nom du Dieu quelle nadmettait que pour servir les passions de ses satellites impurs. Sans doute, avec de nouvelles murs, nous devions adopter un nouveau culte, celui dun juif esclave des Romains ne pouvait convenir aux enfants de Scvole.

 

Lgislateurs, la route est trace, parcourons-la dun pas ferme, et surtout, soyons consquents, en envoyant la courtisane de Galile se reposer de la peine quelle eut de nous faire croire, pendant dix-huit sicles, quune femme peut enfanter, sans cesser dtre vierge ! Congdions aussi tous ses acolytes ; ce nest plus auprs du temple de la Raison que nous pouvons rvrer encore des Sulpice ou des Paul, des Magdeleine ou des Catherine


 De 1814 nos jours  [modifier]

 Lauteur clandestin  [modifier]
 
Illustration pour Aline et Valcour. Une jeune Bohmienne est torture par l'Inquisition en Espagne.Sade disparu, son nom, synonyme dinfamie, devient trs vite, un nom commun, le sadisme.

 

Son uvre restera interdite pendant un sicle et demi. En 1957 encore, dans le procs Sade, Jean-Jacques Pauvert, diteur de Justine, dfendu par Maurice Garcon avec comme tmoins Georges Bataille, Jean Cocteau et Jean Paulhan, sera condamn par la chambre correctionnelle de Paris la confiscation et la destruction des ouvrages saisis .

 

Mais des ditions circulent sous le manteau, surtout partir du Second Empire, poque des premires rditions clandestines, destines un public averti et litiste. Gnration aprs gnration, la rvolte des jeunes crivains du XIXe et du XXe sicle se nourrit de la fiction sadienne crit Michel Delon dans son introduction aux uvres de la Pliade.

 

Sainte-Beuve en avertit les abonns de La Revue des Deux Mondes en 1843 :   joserai affirmer, sans crainte dtre dmenti, que Byron et de Sade (je demande pardon du rapprochement) ont peut-tre t les deux plus grands inspirateurs de nos modernes, lun affich et visible, lautre clandestin pas trop clandestin. En lisant certains de nos romanciers en vogue, si vous voulez le fond du coffre, lescalier secret de lalcve, ne perdez jamais cette dernire cl .

 

Flaubert est un grand lecteur de Sade. Arrive. Je tattends. Je marrangerai pour procurer mes htes un De Sade complet ! Il y en aura des volumes sur les tables de nuit ! crit-il Thophile Gautier le 30 mai 1857.

 

Les Goncourt notent dans leur Journal : Cest tonnant, ce de Sade, on le trouve tous les bouts de Flaubert comme un horizon (10 avril 1860) Causeries sur de Sade, auquel revient toujours, comme fascin, lesprit de Flaubert : cest le dernier mot du catholicisme, dit-il. Je mexplique : cest lesprit de lInquisition, lesprit de torture, lesprit de lglise du Moyen ge, lhorreur de la nature (20 janvier 1860) Visite de Flaubert. Il y a vraiment chez Flaubert une obsession de de Sade. Il va jusqu dire, dans ses plus beaux paradoxes, quil est le dernier mot du catholicisme (9 avril 1861).

 

Baudelaire crit dans Projets et notes diverses : II faut toujours en revenir de Sade, c'est--dire l'Homme Naturel, pour expliquer le mal. Les Fleurs du mal suggre ce quatrain Verlaine :

  Je compare ces vers tranges
  Aux tranges vers que ferait
  Un marquis de Sade discret
  Qui saurait la langue des anges

 

Dans Rebours, Huysmans consacre plusieurs pages au sadisme, ce btard du catholicisme .


 La rhabilitation  [modifier]


Le tournant a lieu au dbut du XXe sicle, priode o samorce un processus de libration des corps et des sexes et o lrotisme se manifeste en littrature par des catalogues d art rotique et des traits dducation sexuelle. Sade suscite l'intrt des scientifiques et des romanciers en raison du caractre prcurseur de sa dmarche.

 

Un psychiatre allemand Iwan Bloch, sous le pseudonyme dEugen Dhren , publie en 1901, simultanment Berlin et Paris, Le Marquis de Sade et son temps, et en 1904 le rouleau retrouv des Cent Vingt Journes de Sodome. Il fait de luvre sadienne un document exemplaire sur les perversions sexuelles, un objet de lhistoire et de la civilisation autant que de la science mdicale tout en rapprochant les excs sadiens de la dgnrescence franaise du temps.

 

Apollinaire est le premier faire paratre, en 1909, une anthologie, en choisissant des textes sadiens trs prudents et en insistant sur les rflexions morales et politiques plutt que sur les lments scabreux. En mme temps, limage dun dbauch capable des pires excs et au cas pathologique qui intrigue la science mdicale, il substitue un portrait psychologique, dimension humaine, o sont valoriss le savoir immense et le courage de lesprit le plus libre qui ait jamais exist , dun homme non abominable , trop longtemps ni alors qu il pourrait bien dominer le XXe sicle.

 

la suite dApollinaire, les surralistes, se rclamant dune logique de libert et de frnsie, intgrent Sade, prisonnier de tous les rgimes , dans leur Panthon. Sa prsence est extraordinaire dans toutes leurs activits depuis le dbut. Cest Desnos qui crit en 1923 : Toutes nos aspirations actuelles ont t essentiellement formules par Sade quand, le premier, il donna la vie sexuelle intgrale comme base la vie sensible et intelligente (De lrotisme). Cest Breton disant : Sade est surraliste dans le sadisme.

 Cest luard en 1926 reconnaissant :   Trois hommes ont aid ma pense se librer delle-mme : le marquis de Sade, le comte de Lautramont et Andr Breton.

 

Pour les surralistes, Sade est un rvolutionnaire et un anarchiste. Ses discours politiques - pourtant en partie opportunistes et de circonstance - font de lui un aptre de la libert et de la Rvolution.

 

Le portrait imaginaire de Man Ray (1938), profil sculpt dans les pierres de la Bastille sur fond de Rvolution en marche, symbolise cette vision que tout le XIXe sicle sicle et une grande partie du XXe sicle, jusquau graffiti de mai 68 Sadiques de tous les pays, popularisez les luttes du divin marquis , se sont plu rpandre.

 

Mais Sade est lcrivain de tous les paradoxes : aprs la Seconde Guerre mondiale et la dcouverte des camps de concentration, on le fait passer sans transition du communisme au nazisme : Que Sade nait pas t personnellement un terroriste, que son uvre ait une valeur humaine profonde, nempcheront pas tous ceux qui ont donn une adhsion plus ou moins grande aux thses du marquis de devoir envisager, sans hypocrisie, la ralit des camps dextermination avec leurs horreurs non plus enfermes dans la tte dun homme, mais pratiques par des milliers de fanatiques. Les charniers compltent les philosophies, si dsagrable que cela puisse tre. crit Raymond Queneau dans Btons, chiffres et lettres (1965), tandis que Simone de Beauvoir se demande : Faut-il brler Sade ? .


 Les grands diteurs et biographes  [modifier]


Maurice Heine (1884-1940), un compagnon de route des surralistes, dvoue sa vie la connaissance et ldition de Sade. Il publie en 1931 la premire transcription rigoureuse des Cent Vingt Journes en 360 exemplaires aux dpens des bibliophiles souscripteurs . Il dcouvre et publie le Dialogue dun prtre et dun moribond, compos par Sade la prison de Vincennes, puis les Contes, historiettes et fabliaux, ainsi que la premire version de Justine, les Infortunes de la vertu.

En 1933, il donne une nouvelle anthologie, toujours rserve des amateurs.

Gilbert Lely (1904-1985), qui compose une uvre potique personnelle, reprend la mission dditeur et de biographe de Maurice Heine. Il entreprend la premire grande biographie de rfrence, La Vie du marquis de Sade, sans cesse parfaite et complte de 1948 1982, quatrime et dernire version publie de son vivant.

 Dans les archives du chteau de Cond-en-Brie que le comte Xavier de Sade accepte de lui ouvrir en 1948, il dcouvre dans deux caisses, fermes depuis 1815 dun cordon rouge la correspondance crite au donjon de Vincennes et la Bastille, des uvres de jeunesse, deux romans, des pices de thatre.

Jean-Jacques Pauvert est le premier diteur publier luvre intgrale de Sade. Il encourt la prison. Il prend le risque et publie, de 1947 1949, lHistoire de Juliette. Accus de dmoraliser la jeunesse, tran en justice, suspendu de ses droits civiques, mais dfendu par Me Maurice Garon, expert des lois sur la censure, il achve nanmoins son entreprise en 1955 et gagne ses procs en appel. En 1958, le tribunal dclare que Sade est un crivain digne de ce nom. En 1986, il met en chantier une nouvelle biographie avec les trois volumes de Sade vivant (1986-1990).

Maurice Lever (1935-2006) publie en 1991 la troisime grande biographie du marquis de Sade, puis une dition de ses Papiers de famille (1993 et 1995), son Voyage d'Italie (1995) et des lettres indites changes par le marquis et sa belle-sur Anne-Prospre de Launey, chanoinesse sculire chez les bndictines, Je jure M. le marquis de Sade, mon amant, de ntre jamais qu lui (2005).


 Notes  [modifier]
 
Jean-Baptiste Franois Joseph, comte de Sade, pre du marquis de Sade? Donatien Alphonse Franois, marquis ou comte ? Son pre, Jean-Baptiste Franois Joseph est qualifi comte de Sade , seigneur de Saumane et de La Coste, co-seigneur de Mazan, mais son grand-pre, Gaspard Franois est qualifi marquis de Sade , seigneur de Saumane et Beauregard, La Coste, etc. Donatien Alphonse Franois est qualifi marquis de Sade jusqu la mort de son pre en 1767 mais, aprs celle-ci, indiffremment marquis de Sade ou comte de Sade :
Le Parlement dAix, dans sa condamnation de 1772, lui donne le titre de "marquis de Sade".


Les lettres du roi de 1778 lautorisant se pourvoir contre la condamnation le dsigne notre cher et bien am Louis-Aldonse-Donatien, marquis de Sade .
Le conseil de famille, runi en 1787 par ordonnance du Chtelet de Paris, le qualifie marquis de Sade , chevalier, comte de La Coste et de Mazan, seigneur de Saumane
Le baron de Breteuil, ministre du roi, le qualifie, dans une lettre adresse en 1786 au lieutenant gnral de police, marquis de Sade , mais le major de Losme parle dans ses rapports au mme lieutenant de police en 1787 du sieur comte de Sade .


Il est incarcr la Bastille en 1784 sous le nom de sieur marquis de Sade et Charenton en 1789 sous celui de comte de Sade .
Linscription de la pierre tombale de sa femme porte Mme Rene-Plagie de Montreuil, marquise de Sade .
Son acte de dcs de 1814 le qualifie comte de Sade .
Il passe la postrit sous le nom de "marquis de Sade".
? Aline et Valcour, dans "Pliade", t.I, p.403


   

 

 


Dernire modification de cette page le 12 mars 2008 10:00.
Droit d'auteur : Tous les textes sont disponibles sous les termes de la licence de documentation libre GNU (GFDL).
Wikipedia est une marque dpose de la Wikimedia Foundation, Inc., organisation de bienfaisance rgie par le paragraphe 501(c)(3) du code fiscal des tats-Unis.
Politique de confidentialit propos de Wikipdia Avertissements

 

 

 

 


WDW__p/HC.htmWFW


Sade (le marquiqs de)
Votre message -->

Classement
par date
croissante.
décroissante.
Pseudo Le 23-7-2019. Titre


patrick le 24-9-2010. Sade
Bravo, belle documentation ! Le marquis reste inpuisable, j'en sais quelque chose. Dali et Bunuel ont tenu le rouleau des 120 Journes... Port Llegat : l'Age d'Or. Sade met en oeuvre, dans ses actes et ses crits, la libert de fantasmer, exercisse salutaire et bien dcri.
cebravemarquisdesade.over-blog.com

 

Total des visiteurs  :    1933116   dont aujourd'hui :   122    En ligne actuellement :  4      Total des clics   29626