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Novembre 2009          

Claude Lévi-Strauss

anthropologue et ethnologue français

  

Claude Lévi-Strauss, né le 28 novembre 1908 à Bruxelles, mort le 30 octobre 2009 à Paris est un anthropologue et ethnologue français qui a exercé une influence décisive sur les sciences humaines dans la seconde moitié du XXe siècle en étant notamment l'une des figures fondatrices de la pensée
structuraliste.

 

Au départ de sa réflexion sur l'humanité il expulse le sujet.

 

Depuis Descartes, le sujet, sous la forme du « Je pense donc je suis », occupe une place fondatrice, tout s´organise à partir de lui et autour de lui.

Claude Lévi-Strauss est de ceux qui, ayant tué Dieu, entonnent à présent le requiem de l´homme, un paradoxe par lequel on veut signifier que le sujet requiert d´être lui-même expliqué.

 

Que ce soit dans l´analyse des structures de parenté, des mythes, ses terrains privilégiés, ou de n´importe quel champ culturel, Lévi-Strauss considère le sujet comme un « lieu insubstantiel offert à une pensée anonyme », qui non seulement ne mène pas le jeu, mais est lui-même mené par les coutûmes et traditions de la société dans laquelle il se trouve.

 

Connaissant son intérêt pour les « primitifs », Célestin Bouglé lui avait dit : à Sao-Paulo, « les faubourgs sont remplis d´Indiens ». Ce n´est pas à Sao Paulo qu´il alla les rencontrer mais dans leur milieu naturel :  la forêt amazonienne.

 

Ayant fait une abondante récolte d´observations, il lui restait à inventer une méthode pour les traiter. Cette méthode, il l´emprunte à la linguistique.

Le linguiste ne s´intéresse pas aux sons, mais aux relations entre les sons, car ce sont les relations qui produisent le sens. De même, l´ethnologue n´a pas à s´arrêter, dans les liens de parenté, aux appellations (père, mère, oncle), mais à observer les attitudes qui régissent les relations (attrait, rejet, réserve) et à bâtir à partir de là, des modèles de parenté, variables d´une culture à l´autre et qui s´imposent à chacun. Cette méthode aboutit aux « structures de la parenté » (1949).

    

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Ce faisant, il reprend une intuition commune à la géologie, la psychanalyse, et le marxisme, (ses « trois maîtresses » ) :  

- Le géologue, au lieu de regarder les herbes folles à la surface, creuse le sol, car c´est la nature du sol qui explique la végétation, et non l´inverse. 
- Le psychanalyste se fie non pas à la conscience, mais sonde l´inconscient.

- Le marxiste explique le jeu des acteurs sociaux à partir non pas de leurs sentiments, mais de leur place dans les structures socio-économiques.


Ainsi en va-il des relations entre individus, lesquelles sont régies par un inconscient culturel qu´il revient à l´ethnologue de mettre en évidence. Il lui faut donc délaisser le visible pour l´étage de l´invisible. Le bricolage des mythes "En ce temps-là » : tout peut arriver dans le mythe, le récit se jouant de toute logique. En réalité, au-delà des apparences, le mythe obéit à une structure profonde, qui commande l´enchaînement des séquences.


Tout mythe est un formidable bricolage, où le conteur cherche, avec les moyens du bord, à résoudre une énigme : le saut de la nature à la culture. (Passer de la nature à la culture humaine)

 

En 1972, Lévi-Strauss, professeur au Collège de France depuis 1959, entre à l´Académie française. Une écriture chaleureuse, des émissions de télévision, lui ont acquis une audience au-delà de ses cours. Ce qui séduit chez lui, c´est moins l´aspect technique de ses travaux, dont il avoue qu´ils ressemblent fort à du bricolage (un mot qu'il aime employer et qui chez lui confine au génie) que la sagesse qu´il y perçoit.

 

Au lieu de se demander, comme Ricœur, sur ce que les mythes donnent à penser, il les interroge pour savoir comment fonctionne l´esprit humain.  À cet égard il rend justice à « la pensée sauvage »  (1962), trop souvent qualifiée de pré-logique, ou même de sans logique, alors qu´elle fonctionne selon la même logique que la nôtre. Un mage sans étoile Mais qu´en est-il de l´esprit, cet « hôte parmi nous, bien que nul n´ait songé à l´inviter à nos débats ». Question que Lévi-Strauss laisse en suspens, « le but dernier des sciences humaines n´étant pas de constituer l´homme, mais de le dissoudre ».

 

Qu´en est-il du sens de tout cela ? Le dernier mot est ici : « rien », car les mouvements éphémères de la vie finiront par s´effacer, et il ne restera alors qu´un « monde au visage désormais  impassible ». Cette métaphysique désabusée se réclame, dans Histoire de Lynx (1991), de Montaigne disant : « Nous n´avons aucune communication avec l´être », phrase « la plus forte peut-être qu´on puisse lire dans toute la philosophie. Cette métaphysique nihiliste est cependant assortie d’une éthique d’un haut degré d’altruisme. Car, estime Lévi-Strauss, le rien ne doit pas triompher du nous.

 

C’est en choisissant le nous que l' homme se choisit réellement comme homme. À cet égard, l’éthique des primitifs se révèle singulièrement supérieure à la nôtre.

 

Quand à l’enfer, à "L'enfer c’est les autres" d'après Sartre,  les peuples sauvages opposent : l’enfer, c’est nous-mêmes, commente Lévi-Strauss, les peuples sauvages donnent une leçon de modestie remarquable, et on voudrait croire que nous sommes encore capables de l’entendre.

 

Lévi-Strauss, mage sans étoile, appelle cela des petits braconnages sur les chasses trop bien gardées de la philosophie.


Source :un article de Marcel NEUSCH Journal La Croix.

 

 

 

Bibliographie de Claude Lévi-Strauss

 

Les structures élémentaires de la parenté, PUF, 1949. Rééd. Mouton et Cie, 1967.

Tristes tropiques, Plon, 1955.

Anthropologie structurale, Plon, 1958.

La pensée sauvage, Plon, 1962.

Mythologiques (Plon). I. Le cru et le cuit (1964). II. Du miel aux cendres (1967). III. L’origine des manières de table (1968). IV. L’homme nu (1971).

Parmi les essais plus récents : La voie des masques (1975). De près et de loin (1988). Histoire de Lynx (1991)

 

Source Le journal La croix.
 

 

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